Loin de moi l'idée de mettre en doute les souffrances endurées par le pauvre homme qui nous raconte sa pénible histoire. Mais c'est le contexte qui me donne quand même envie de moucater un peu, car l'humour est la politesse du désespoir, comme a dit quelqu'un qui est mort y a longtemps (putain, ça promet d'être gai cet article !)
Commençons par le début : il y a quelques mois, un de mes vieux copains, l'un des meilleurs chocolatiers de la Réunion, mais aussi grand fumeur et aimant bien la picole aussi (je sais choisir mes amis), réchappe d'un méchant crabe coincé au fond de sa gorge. Peu après, il décide de faire un grand périple en voilier entre la Méditerranée et la Réunion, pour fêter sa guérison et dire merde à la mort.
Il est actuellement à mi-chemin, et à ma connaissance, il continue à préférer le vin de son Alsace natale à l'eau de l'Atlantique ou même de Lourdes. Donc, un bel exemple de victoire de la vie sur la mort, et un combat exemplaire dont les journaux se sont largement fait l'écho.
Devant ce témoignage émouvant, un autre malade du cancer a contacté la presse : bon, d'accord, Robert le chocolatier a eu un cancer, mais c'était un petit cancer de rien du tout : la preuve : il tient la barre sur un bateau en continuant peut-être même à fumer, l'infâme !
Par contre, cet autre sexagénaire le dit en substance : son cancer à lui c'était vraiment le crabe comme on en trouve plus que dans les élevages. Et il donne des photos aux journalistes : sa trachée ouverte, ses poches de perfusion, les tuyaux qui lui permettent de respirer, son visage entubé à l'hôpital, bref, la totale. Du bien gore pour que le mec qui ouvre son journal au petit déjeuner, il transforme le pain grillé qu'il avait avalé deux minutes avant, en muesli bien chaud et bien gluant dans l'assiette.
Le reste de l'article ne nous apprend rien, même s'il est toujours bon de revenir sur les méfaits des drogues légales : il s'agit bien sûr d'un fumeur qui n'a pas voulu arrêter de fumer.
Il faut rappeler au public qu'un gros buveur ou un gros fumeur devient tôt ou tard très maigre. D'un autre côté la nature fait bien les choses : c'est plus facile pour les types qui portent le cercueil.
Ensuite le journal raconte ses opérations, sa chimio, ses poches de perfusion, son catheter, et puis bien sûr les soit-disants amis qui s'éloignent, comme si le cancer était contagieux., les cons !
Mais hélas, des gens comme lui, et même pire, il y en a des dizaines, des centaines, voire des milliers à l'échelon national.
Et si Dieu existe, pourquoi punit-il les fumeurs actifs et passifs d'un cancer de la gorge, alors que les sodomites, actifs comme passifs, n'attrapent, eux, pas plus de cancers de l'anus que les autres ?
Je le répète, je ne veux pas me moquer de ce monsieur, qui d'ailleurs lance un appel au secours car il est particulièrement démuni et va jusqu''à mendier devant les supermarchés.
Mais la manière dont l'article est traîté, avec son côté racoleur propre au journalisme d'investigation style TF1 qui fait mouiller la ménagère de moins de 50 neurones, me semble quelque peu outrancier.
Et si mon humour l'est aussi, c'est que comme nous tous, j'attends aussi mon crabe, mon AVC (à droite au fond du cerveau en sortant), ou mon infarctus, à moins qu'un lecteur mécontent ne me trucide avant !